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Posté par Cedric, le 30/04/2008 - Entreprendre
Le bootstrapping (BS) représente le fait de monter une entreprise sans capitaux extérieurs, et plus généralement, avec des moyens limités. Nous verrons ici quels en sont les fondements exacts et l'approche à tenir pour les entrepreneurs qui choisissent cette voie.
J'ai bien dit qui " choisissent ". En effet, le bootstrapping doit être un choix. Il n'est à mon avis qu'improbable de réussir son entreprise sans argent, si l'on traîne éternellement derrière soi la frustration de n'avoir pas su convaincre des investisseurs. Au delà de cela, je conçois le bootstrapping comme une philosophie, celle de faire plus (et mieux) avec moins. Une philosophie qui, si elle est sincèrement réfléchie et choisie, peut vous amener à refuser des financements extérieurs s'ils vont sont présentés. Une abherration pour certains que je vais tenter d'expliquer ici.
La philosophie du BS, c'est amener l'entreprise à son point de rentabilité sans apport financier extérieur. Il ne s'agit donc pas d'une vision dogmatique se bornant à refuser l'argent d'où qu'il vienne. Au contraire, c'est une position rationnelle qui vise à maximiser le profit futur, en réduisant la participation des apporteurs de capital.
Il convient ici de rappeler le fondement de l'investissement d'entreprise : il s'agit de la rencontre entre un agent ayant des capacités de financement et d'une entreprise ayant un besoin de financement. L'apporteur de capital offre ses disponibilités financières en échange d'un pourcentage de la société. Ce pourcentage lui donne droit à une part proportionnelle des bénéfices distribués, ainsi qu'à un droit de vote.
L'espérance des apporteurs de capital est donc soit d'obtenir une position stratégique au sein de la société pour faire influer ses décisions, soit de placer de l'argent en vue d'un profit futur important, croissant et régulier.
La part de capital donnée par l'entreprise à l'investisseur est calculée par le risque. Ainsi, plus un apporteur de capital investira tôt dans l'entreprise (tantôt avant ou au début de la création, appelé early stage , seed capital ou série A), plus le pourcentage qui lui sera attribué sera fort, car le risque pris sera élevé. A l'inverse, plus la société sera avancé dans son stade de développement, et se montrera à même de générer du chiffre d'affaire avec une marge satisfaisante, moins le risque pris à investir sera grand, et plus le capital attribué sera restreint. L'objectif du boostrapper est donc d'atteindre ce point d'équilibre, de faire sauter tous les risques tant que le financement provient de ses fonds propres, afin de ne pas perdre des pourcentages inutilement.
La philosophie du boostrapper est donc une philosophie particulièrement noble, dans laquelle l'entrepreneur est décidé à aller au bout de ses capacités financières, intellectuelles et physiques, pour bâtir un prototype, lancer son service, le monétiser et le faire connaître, avant de lever le moindre centime.
Le choix de la difficulté en quelques sortes. Mais un choix qui recèle d'avantages cachés. Ainsi, en évoluant sur son argent et son investissement personnel, le bootstrapper est obligé d'avoir une connaissance pratique et théorique complète. Il doit pouvoir faire n'importe quel type de tâche au sein de son entreprise, doit avoir une stratégie irréprochable, un réseau affûté, des techniques de négociations parfaites, un sens de la rigueur financière et comptable à tout épreuve. Dans les entreprises innovantes, le ou les boostrappers devront posséder les connaissances techniques sur lesquelles ils basent leur service, puisque c'est leur seule chance de pouvoir recruter du personnel qualifié, et d'amener ces employés au bout d'eux mêmes.
Une implication qui pousse l'entrepreneur, sous la pression financière permanente, à tout mettre en œuvre pour voir son entreprise atteindre l'équilibre aussi vite que possible. Un contexte qui l'empêchera de dépenser son argent n'importe comment, qui le poussera à s'entourer des meilleurs éléments, à tirer le maximum de son équipe, de lui même et de son réseau ; des éléments qui constituent la meilleure barrière possible à l'échec. Un garde-fou à erreur renforcé par son obligation d'anticipation: Le bootstrapper doit toujours voir plus vite et plus loin que les autres. Un peu comme un tireur sous équipé mais particulièrement précis sur un champs de bataille, il guette d'un oeil méfiant les concurrents, et n'a d'autre possibilité pour les battre que d'être plus talentueux et plus futé.
Le boostrapper aura finalement acquis des méthodes et des habitudes qui resteront même après la levée de fonds, ce qui fera de son entreprise un investissement beaucoup plus rentable que la plupart des firmes financées en early stage.
Mais le bootstrapping doit être une des choses les plus difficiles à réaliser au monde. Créer de l'argent à partir de rien n'existe que dans les films de gangsters, ou dans le mythe de la pierre philosophale. Le boostrapper est plutôt ce travailleur acharné qui saura utiliser au mieux la base financière dont il dispose (le capital dit " friends & family " ou "love money"). Une implication qui n'est pas donnée à tout le monde, car elle sous entend, en plus de conditions privées favorables (famille, amis, soutiens, équilibre de vie etc.), des qualités personnelles rares : le boostrapper doit être multitâche, polyvalent, consciencieux, gros travailleur, tout en conservant les valeurs positives et la joie de vivre indispensable au succès du management d'un projet et d'une équipe. Nul doute qu'il faille également de grandes valeurs morales pour résister à la tentation de la facilité et des financements externes, pour préserver son indépendance et l'esprit d'innovation de sa société. En bref, un profil rare et précieux.
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Posté par Cedric, le 24/03/2008 - Entreprendre
La ministre de l’économie Christine Lagarde s’est félicitée la semaine dernière de la hausse des créations d’entreprises : + 29595 en Février 2008.
Cette bonne nouvelle sur le papier ne doit cependant pas masquer la dure réalité de l’entrepreneur. Sept entreprises sur dix déposent le bilan dans les trois ans de la création. La réalité de l’entrepreneur, c’est avoir une compétitivité handicapée par une pression fiscale démesurée. C’est s’approcher un peu plus du précipice à chaque recrutement, car chaque recrutement alourdit les charges fixes de manière exagérée, un handicap que n’ont pas nos concurrents dans cette économie mondialisée.
Il convient donc prendre ce genre d’annonces avec recul, puisqu’elle est de celles que nous avions eues en 2002, sous l’effet des lois qui créaient les fameuses SARL à un euro. Résultat 6 ans après, le plus fort taux d’échec à cinq ans, car avoir un euro en capital c’est avoir un euro en trésorerie, donc aucune couverture du besoin en fonds de roulement. Une mesure qui semble donc avoir été faite dans le seul but de gonfler des chiffres de création d’entreprises, eux-mêmes destinés en partie à faire baisser ceux du chômage.
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