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Tumblr et l'avenir du web 3 commentaires

Posté par Cedric, le 24/11/2009 - Business 2.0

T_8ca0940373e68d1f88f7470f683d55b2A l'heure où pas mal de services web connaissent des chutes spectaculaires ou ferment simplement leurs portes, parce que trop redondants ou pas à la page, Tumblr fait progressivement son nid dans le milieu pourtant assez stable et figé des plateformes de blogging. A mon sens, il le mérite amplement. Non seulement le produit est très bien ficelé, mais il épouse tous les courants forts observés depuis 2007 et l'émergence de Twitter, des courants qui font prendre au web un virage décisif qui va s'accentuer, voire se généraliser en 2010.

Tumblr, donc. A première vue, rien de nouveau sous le soleil: un nom qu'on a l'impression d'avoir déjà entendu des milliers de fois, orthographié de manière volontairement lacunaire, chose qu'on croyait pourtant finie par consensus global, et puis… énième plateforme de blogging, rôle déjà fort bien rempli par Wordpress, Dotclear, Typepad, et compagnie.

Un contenu structuré


Oui, sauf que Tumblr, c'est une manière structurée de poster du contenu. Ainsi, les bloggeurs old-school habitués à leur grand éditeur de texte riche où ils collaient en vrac texte, images et vidéo en seront pour leurs frais. Sur Tumblr, vous choisissez quel type de contenu vous voulez poster: du texte, une vidéo, une photo, une citation, un lien, ou un son. Ca n'a l'air de rien, mais c'est à mon sens une des plus grandes carences des blogs "à l'ancienne", trop fourre-tout, où l'information peut difficilement être retrouvée de manière optimale, où le filtrage est difficile et où les niveaux hiérarchiques manquent. L'accès à la recherche est désormais facilité par cette structuration, et c'est cette facilité qui va permettre une utilisation massive de son API sur des services tiers, comme on le verra par la suite.

Une plateforme décentralisée


Tumblr s'inscrit parfaitement dans la tendance du web décentralisé, virtualisé à l'extrême, puisqu'il est construit pour être majoritairement exploité en dehors même de sa propre plateforme. Un peu à la manière de Twitter, Tumblr repose sur un architecture RESTful extrêmement simple à exploiter, qui permet d'interagir avec le site depuis n'importe quel service web, aussi bien en lecture qu'en écriture.

C'est d'ailleurs là où sa nature structurée exprime toute sa puissance, puisqu'il devient possible de filtrer le contenu d'un flux Tumblr par type d'élément, en plus de la recherche plus classique par tag. Ainsi, l'ensemble du contenu posté par un utilisateur pourra être aggrégé au sein d'un service tiers, et ce, de manière transparente pour l'internaute.

Tumblr s'inscrit donc dans la tendance actuelle de désintermédiation, et d'aggrégation des "flux de vie" sur le web. En effet, après avoir capté des millions d'utilisateurs de manière purement virale et par le "buzz", les plateformes "sociales" se développent désormais en devenant de simple fournisseurs de flux informatiques, des espaces de stockage permettant le partage d'information en temps réel. Mieux encore, alors que les premiers services web se focalisaient sur le fait d'attirer à eux le plus de visiteurs uniques possibles, les services modernes se battent pour attirer un plus grand nombre d'*utilisateurs*, et leur méthode pour y arriver est de disséminer l'information stockée de la manière la plus massive possible. Obtenant ainsi une force de retransmission de l'information considérable, le service en temps que plateforme technique devient rapidement incontourtable, et voit alors son nombre d'utilisateurs systématiquement exploser. Pour faire simple, les plateformes facilitent le plus possible la reprise des informations de leurs utilisateurs en faisant des APIs très simples, et en structurant leur contenu, car l'élément qui détermine le choix de la plateforme de publication d'un inidividu sera forcément celle qui lui offrira la plus grande exposition sur l'ensembe de la toile.

Retweet, Reblog et following


Pour parvenir à devenir un service incontourable, Tumblr utilise un autre pilier instauré par Twitter et Facebook, un pilier qui amorca en son temps un vrai virage dans le monde du partage d'information: le "following". Tumblr est le premier service de blog à proposer ce système. Le following, ou le fait de pouvoir suivre le flux d'autres bloggers, et ainsi de l'aggréger à un flux principal (déclinaisons du fameux "newsfeed" de Friendfeed et Facebook), permet d'accélérer encore plus la dissémination de l'information, Saint Grââl du blogger. Le catalyseur est ici la dimension sociale. Cette dimension prend sa source dans la réciprocité, principe qui conduit les gens que vous suivez à vous suivre à leur tour, souvent par "courtoisie". La répétition de ce phénomène, et la création inéluctable de leaders d'opinion génère une croissance exponentielle de l'accession à votre contenu, alors qu'il aurait mis des mois à commencer à être visible sur un blog à l'ancienne, type dotclear sur un bon vieux compte free.fr.

Le following est amplifié par la méthode Twitter, où il peut être unilatéral (le "followé" n'a pas besoin d'accepter la requête du "follower"), ce qui n'est pas vrai sur facebook (pour cause de confidentialité des données). Cette notion de following unilatéral et de flux public a permis l'essor des RT (ReTweet), soit le fait de promouvoir un compte tiers par le simple fait de le citer. Concept de RT repris également à son compte par Tumblr, qui permet donc de ReBlogger les articles écrits par les personnes que vous suivez.

Ainsi, Tumblr est une sorte de Twitter adapté au monde du blog. Soit un système de blogging ultra moderne, permettant de faire exploser la vitesse de dissémination de l'information grâce à une couche sociale, et à la dématérialisation de l'information grâce à la production d'une API quasi-exhaustive. Le facilitateur de l'adoption de l'API étant la catégorisation du contenu, garant de l'accès à une information plus fine et plus précise.

 Quelles conséquences?


La conséquence est très simple. Le blog tel que vous le lisez par exemple en ce moment va rapidement devenir périmé. Pour s'ancrer efficacement dans la décennie 2010, je devrai le reprogrammer entièrement pour en faire une plateforme de syndication de l'ensemble de mon activité sociale numérique. Ainsi, l'ensemble des articles que j'écrirai seront publiés sur Tumblr et repris automatiquement sur ce blog par l'API. Mon flux Twitter sera également syndiqué. Je pourrai aussi créer un espace qui rassemble l'ensemble de mes photos publiques, parues soit sur Tumblr, soit sur Flickr, et je pourrai même rappatrier mes vidéos depuis Youtube ou Vimeo.

En bref, la décennie 2010 sera celle de la disparition progressive des systèmes redondants. Seuls quelques services seront chargés du stockage et de la dissémination de l'information (de véritables autoroutes), les sites Internet, en bout de chaîne, constituerons eux la nébuleuse permettant à l'information de circuler.

Pour aller plus loin, si le web 2.0 était le web en lecture / écriture (le read/write web), le web 3.0, serait un web ou l'écriture serait concentrée sur un nombre limité de services, tandis que la lecture sera généralisée et disséminée, et ne se fera non plus sur des données préalablement écrites sur le site, mais sur des données directement rappatriées depuis les principaux fournisseurs de flux d'informations.

D'un point de vue business, ce positionnement comme autoroute d'information est décisive, car elle empêche la concurrence de se créer, en rendant tout système redondant caduque et nocif pour l'utilisateur. C'est ainsi que Twitter, malgré ses imperfections (notamment son "downtime" record), est à ma connaissance le premier service web a ne jamais avoir souffert de la moindre concurrence, malgré son extrême facilité à reproduire.

Enfin, dernier point business, sûrement le plus intéressant en terme d'opportunités: un nouveau modèle économique est à inventer. En effet, en sortant du paradigme du passage obligé sur le site, les services dématérialisés comme Twitter et Tumblr ne peuvent vivre de la publicité. Pour le moment, aucun de ces services n'arrive à vivre réellement, à dire vrai. Il va donc leur falloir trouver un moyen de faire des profits tout en maintenant cette ouverture et cette gratuité, indispensable pour garder ce statut privilégié d'autoroute de l'information. A cet égard, les deux années qui viennent vont être très intéressantes.

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