La récente décision de Yahoo! de fermer son service de bookmark social Delicious, acquis en 2004, soulève la question de la dépendance parfois trop grande aux applications stockées en ligne. Voici une liste de 5 services que l’on a tendance à prendre pour acquis, et dont la disaprition aurait des conséquences graves pour ses utilisateurs.
1/ Delicious: Comme on l’a vu dès l’annonce de sa fermeture par Yahoo!, Delicious est l’exemple parfait de l’application considérée comme acquise. Dès lors, nous avons centralisé l’ensemble de nos favoris dessus, opération rendue facile par l’élaboration d’applications rendant le service utilisable sans même plus passer par le site web. Plugins Firefox, Chrome, Safari, iPhone même; si bien que l’on a oublié que le service n’avait jamais été rentable, et n’avait aucune raison tangible de le devenir.
Désormais, -et de manière un peu hystérique-, tous les développeurs réclament une gestion centralisée et agnostique de nos bookmarks, à travers une application qui permettrait l’import de nos anciens favoris, et de les exploiter de manière équivalente. Ce n’est pas une mauvaise idée, mais faut-il attendre la mise en péril d’un service devenu d’utilité électronique universelle pour que de telles initiatives s’organisent?
2/ Flickr: Pour beaucoup de particuliers, comme pour certains photographes semi-professionnels, Flickr est également devenu un élément central de leur vie électronique. Ce service s’est considérablement amélioré à travers le temps, et la démocratisation de la photo, de même que l’essor de l’hyper-géolocalisation via les mobiles, en ont fait accroître l’importance. Pourtant, malgré une version payante en apparence rassurante, et la puissance incontestable de sa communauté, rien ne garantit la pérennité de ce service à long terme. Un service également possédé, tout comme Delicious, par Yahoo!, et racheté, tout comme Delicious, en 2004. Nul doute que sa fermeture provoquerait également un émoi conséquent à travers la toile.
3/ Twitter: Ce service est devenu en quatre années à peine, l’une des applications les plus centrales de la vie de l’internaute moyen. Twitter a en effet, en une seule application, remplacé certains usages des mails, des messageries instantanées, des lecteurs RSS, et même de certains réseaux sociaux comme Facebook. Outil de promotion, de communication, de networking, d’information, il est aujourd’hui le “broadcaster” officiel de l’internet. Pourtant, d’un point de vue purement économique, Twitter, c’est le néant. Peu ou pas de revenu, une stratégie réelle et bien conçue (Twitter Analytics, outils professionnels pour les marques, etc..) mais pas forcément rentable quand on connait les coûts inhérents au stockage et à l’analyse de données à grande échelle. Alors, n’y a t-il pas décorellation entre l’importance prise par Twitter, et le fait que le service soit édité par une entreprise privée, donc confrontée à des obligation terre-à-terre de rentabilité? N’a t-on pas passé le seuil avec Twitter du service d’utilité public? Ne faudrait-il pas créer un service public de la diffusion de message de 140 caractères? On sait que la complexité intrinsèque d’un tel service est minime, mais comment assurer son bon fonctionnement? Monter des campagnes de dons à la Wikipedia? Ou créer une sorte d’impôt numérique transnational, collecté par les états (sur le prix du FAI) et reversés à ces communautés de bénévoles pour payer les serveurs? Autant de questions qui resteront sans réponse, aussi longtemps que les intérêts économiques privés, et la puissance des états luttera contre toute initiative échappant à toute règle économique classique. (recherche du profit)
4/ Google Apps: Dire d’une application Google qu’elle risque un jour de fermer peut prêter à sourire. Mais même si la multinationale de Mountain View est très discrète là dessus, elle a déja fermé nombre de ses services non-rentables. Google Answers, Wave, Notebook, Jaiku pour ne citer qu’eux. Que penser donc de la propagation rapide de Google Apps? Idéal pour les petites organisations qui veulent externaliser la gestion (toujours très sensible) de leurs outils collaboratifs (mails, mais aussi les calendriers et les documents), Google Apps n’en est cependant pas assurément rentable pour Google. La version payante n’apporte absolument rien de plus que la version gratuite, et l’espace, ainsi que le nombre de comptes par défaut est suffisamment large pour que la plupart des PME s’en contentent.
Si le service venait à fermer, ce serait des années d’archives ultra-sensibles qu’il faudrait transporter ailleurs, ce qui serait très risqué et très couteux.
5/ Dropbox: Je me demande si Dropbox n’est pas un des services les plus compliqués à entretenir d’un point de vue maintenance du parc de serveurs. Le stockage exponentiel, l’obligation de redondance absolue, la dimension critique du “downtime”, les exigences en terme de low-latency, la conservation des historiques de chaque manipulation de fichiers, bref autant de contraintes qui amènent clairement à douter de la rentabilité d’un service qui propose en plus une version gratuite pour stocker jusqu’à 2Go d’espace (ce qui est colossal). Alors que se passerait-il si cela fermait? Aujourd’hui, je ne partage plus rien par mail, ni par FTP. Je créé un folder Dropbox et le partage, avec mes amis, ma famille, en plus de son utilisation professionnelle évidente. Résultat, une redéfinition totale de mon système de fichiers, qui limite au maximum les écritures locales pour maximiser la gestion multiposte de ma vie digitale, sans souci de syncrhonisation ou de sécurité (ainsi, cet article est écrit dans l’avion sur un fichier texte, et se synchronisera seul dès mon retour en connexion, afin de pouvoir être posté du travail dès demain). Je pense que beaucoup de gens sont dans mon cas, et perdraient énormément en terme de productivité si Dropbox venait à disparaitre.
Pour conclure, les entreprises, comme les particuliers, visent rationnellement à diminuer leurs couts de maintenance. Dans l’informatique distribuée, cela signifie qu’on préfère un service stocké en ligne “sur le cloud” qu’une application classique qui repose sur les contraintes physiques d’un disque dur. Pour donner une image que tout le monde connaît, on préfère monter un Tumblr plutôt qu’un WordPress, car personne ne veut s’amuser à passer un Dimanche soir à comprendre pourquoi cette erreur “MySQL out of memory error” ne veut pas disparaitre. Mais dans le même temps, personne ne souhaite payer Tumblr, puisqu’on a la même chose gratuitement sur WordPress. Cette tautologie aura forcément raison d’autres services, toujours plus centraux et plus utilisés.